Veilleuse

by Veilleuse

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1.
Fini le temps de l’école La peur des punitions J’ai quitté l’Acropole Des donneurs de leçons La voix est libre. Bye bye, tour de contrôle Je passe le mur du son Désormais je décolle Sans autorisation La voix est libre. Adieu voleurs d’organes Vendeurs à la criée Et castrats kleptomanes Ma voix n’est plus sous clé La voix est libre. J’arrête de faire du charme A quoi bon racoler La colombe a pris les armes Au lieu de roucouler La voix est libre. J’en peux plus de me taire Je ne suis pas là pour plaire Tant mieux s’il faut crier Cracher dans l’encrier La voix est libre.
2.
Polka 02:30
Celle qui reste après la tempête A perdu le sens de la marche Isolée, fragile et défaite Elle invoque les patriarches. Celle qui reste après la tempête Se retrouve paumée à l’ouest Et le sang lui monte à la tête A force de retourner sa veste Tandis que rouille le rideau de fer Sévit encore le blizzard froid Alors elle sculpte des croix de pierre Contre le vent de la toundra. Celle qui reste après la tempête Cherche dans le passé un second souffle Elle ressuscite de vieux prophètes Devant des tartuffes en pantoufles. Celle qui reste après la tempête Clame haut et fort qu’elle est debout Qu’elle ne baissera jamais la tête Qu’on ne la mettra pas à genoux Pendant que les étoiles s’éteignent L’aigle blanc lentement se meurt Et craignant la fin de son règne Il pourchasse l’ennemi intérieur. Celle qui reste après la tempête Rêve un avenir au goût d’hier Elle est lancée, plus rien ne l’arrête, A toute vitesse en marche arrière Celle qui reste après la tempête Se cherche des boucs émissaires Elle s’agite comme une girouette Mais ne fait que brasser de l’air. Et les puissants partent en croisade Contre le vent, toutes voiles dehors Pendant que les faibles et les malades S’agrippent à l’envers du décor.
3.
Une pincée d’épices dans un verre de café Tu m’offres un élixir brûlant, noir et sucré Et d’un sourire timide où les mots se bousculent Tu fais vaciller mon esprit funambule La nuit tombe des nues et moi je l’accompagne Je caresse du regard ta silhouette qui s’éloigne Sereine, je t’attendrai Car ce que je désire Je n’ai qu’à l’invoquer Pour le faire survenir Cette magie qui m’habite Je la tiens de ma mère Nous les filles de Lilith On nous appelle sorcières Une pincée d’épices dans un verre de café Si tu savais l’effet que ton philtre m’a fait Je déguste en silence une douce tachycardie En cherchant l’antidote contre mon insomnie Les battements de mon pouls font danser les secondes A chaque coup de tambour, les heures me répondent Alors je jette un sort aux gardiens de la nuit Pour que leurs yeux se ferment, que Morphée s’en empare Et j’adresse une prière aux maîtres du hasard Pour que nos ombres s’enlacent au désert de minuit Sereine je t’attendrai Le temps est avec moi Le sort en est jeté Je sais que tu viendras Peut-être pas tout de suite Mais à la lune croissante Nous les filles de Lilith On sait être patientes. Une pincée d’épices dans un verre de café La lune est pleine ce soir, vingt-huit jours ont passé Et autant de nuits blanches ont marqué mes paupières L’élixir sucré a pris un goût amer J’en ai même douté de mes propres pouvoirs Failli me résigner à ne pas te revoir J’ai effacé ton nom, je ne t’attendais plus Mais avec la lune rousse tu es réapparu
4.
Marx Dormoy 03:36
Il pousse un caddie rue de Paradis Elle fait la manche à la station Blanche Il tend sa sébille métro Belleville "Je suis désolée, j’ai plus de monnaie..." Sur un carton rue Daubenton, Au pied du mur, une couverture. Un homme s’endort à Gare du Nord Moi je presse le pas, c’est l’heure du repas. Tu dors où toi ? A Marx Dormoy En bas de chez moi tu dors dehors. Quand il fait noir, quand il fait froid Sur le trottoir tu fais le mort. Châtelet les Halles, galère banale Splendeur et misère dans le RER Visages fermés sur la ligne C Regards saumâtres sur la ligne 4. « Mesdames et messieurs », je croise ses yeux Un sourire crispé, comme pour m’excuser Une pièce dans son gobelet, cruelle charité Coupable impuissance de la bienfaisance. Tu dors où toi ? A Marx Dormoy En bas de chez moi tu dors dehors. Quand il fait noir, quand il fait froid Sur le trottoir tu fais le mort. Moi je donne qu’aux femmes, moi qu’aux musiciens Pas à ceux qui se cament, ni aux punks à chien Les gosses qui mendient, ça sent la mafia Vous savez ce qu’on dit : leurs parents bossent pas. A ceux qui picolent, j’achète à manger Si c’est pour l’alcool, je veux pas cautionner Moi je donne jamais, ce n’est pas mon rôle L’Etat doit gérer, reprendre le contrôle. Tu dors où toi ? A Marx Dormoy En bas de chez moi tu dors dehors. Quand il fait noir, quand il fait froid Sur le trottoir tu fais le mort, Sur le trottoir tu fais le mort…
5.
Voisins, voisines, désolée Si je trouble votre tranquillité Quand je passe parmi vos maisons, Pardonnez-moi cette intrusion Le terrain était vague sans vous Et puis je vous ai vus débarquer, Immobiliser dans la boue Vos caravanes bigarrées Affairés du matin au soir Vous ne levez jamais la tête Quand j'entre sur votre territoire J'essaie de me faire discrète. Qui êtes-vous, voisins, voisines ? Chaque jour je passe, Gênée, je trace, Je n’ose pas vous faire signe. Et pourtant j’aimerais au moins savoir D’où vous venez, Où vous irez, Si vous repartez sans dire au revoir. Voisins, voisines, j’avoue que parfois D’être si timide, je me sens conne. S’il vous plaît, ne me prenez pas Pour une voyeuse, ou une espionne. C’est que vous êtes sur le chemin Que je prends matin et soir, Je n’arrive pas, comme font certains, A vous éviter du regard. Que se passe-t-il, voisin voisines ? Nos yeux s’allument, On se salue Attendiez-vous seulement un signe ? Juste un sourire, et déjà je repars. Mais cet arrêt Laisse espérer Un peu plus qu’un bonjour sans au revoir. Voisins voisines, je pense à vous En voyant les traces de roues Seul vestige de votre passage Comme les lettres d’un message Qu’est-ce qui a pu vous faire prendre la fuite En pleine nuit, à la va-vite Pour que vous ne preniez même pas la peine De préparer votre sortie de scène ? Où êtes-vous, voisins, voisines ? Les jets d’eau passent Et vous effacent, Ils obéissent aux consignes. Et font semblant de ne pas savoir Ce qui a fait Qu’une nuit d’été Vous avez dû fuir sans dire au revoir. Voisins, voisines, désolée.
6.
Une fois de plus, je me lève Fatiguée d’être en vie L’avenir, nous dit-on Appartient aux lève-tôt. Moi, mes nuits sont si brèves Et mes jours infinis L’avenir me paraît long Comme une journée de boulot… Pour ce qui est de travailler, j’ai payé mon tribut : J’étais une employée docile et transparente. La main qui me nourrissait, je ne l’ai jamais mordue Mais quel zèle inutile d’être si obéissante ! Car au seuil de la mort, il n’y a plus de hiérarchie, Il n’y a plus que mon corps pour me dicter sa loi. Je ne ferai plus d’effort pour paraître polie, Enfin seul maître à bord ! La patronne, ce sera moi. Finie la bonne conduite, maintenant je m’autorise tout ! Vu que je suis si près du bout, autant que j’en profite. Si la vie est un songe, l’heure du réveil approche, Car je suis vieille et moche, la maladie me ronge… A quinze ans, on m’a dit d’être belle et de me taire, Qu’est-ce qui me retient maintenant de leur dire merde à tous ? Ma beauté s’est ternie, ne me reste que la colère. A quatre-vingt-huit ans, je glisse dans la folie douce. Puisque les médecins ne me donnent plus que 6 mois, Plus question d’obéir, ni de suivre les consignes. Préparez-vous au pire, ne comptez plus sur moi Pour jouer le repentir : je suis une vieille indigne ! Finie la bonne conduite, maintenant je m’autorise tout ! Vu que je suis si près du bout, autant que j’en profite. Si la vie est un songe, l’heure du réveil approche, Car je suis vieille et moche, la maladie me ronge… N’attendez pas, jeunes gens La vieillesse pour vivre, Ne vous résignez pas A une vie en sursis. Il n’y a pas de règlement, Y a pas de marche à suivre, Il n’y a pas d’autre loi Que celle que l’on choisit… Mais j’arrête mes discours, je crois que vous ne m’écoutez plus. Pardon si je délire, ou si j’ai l’air bizarre. Je ne veux pas vous faire fuir, merci d’être venus ! C’est toujours un peu court, revenez vite me voir.
7.
Scolopendre 03:45
La nuit lentement tisse sa toile L’amant enlace sa chère et tendre Tandis que glissent les scolopendres Ils dorment dociles, sous les étoiles La nuit, les secrets se fissurent Les failles se révèlent sous le fard Les deux amants ont le cafard Mais s’accrochent à ce qui les rassure La nuit injecte son venin Dans les cauchemars des endormis Elle les pique jusqu’à l’agonie Tandis qu’ils font semblant de rien La nuit sur leur lit de limaces Les amoureux s’obstinent à croire Que les nuées de mouches noires N’infesteront pas leurs carcasses La nuit est une araignée folle Etrangleuse sadique aux mille fils Les deux dormeurs pâles et fragiles Se débattent dans sa camisole La nuit s’agacent les jalousies L’herbe se fane comme leurs âmes mortes Et quand le flot d’aigreur les emporte Ils sombrent dans le tsunami.
8.
Homme c’est à toi que je m’adresse Toi, chasseur sachant chasser N’essaye pas de me mettre en laisse Ca risque de m’agacer Comme d’autres chiennes errantes J’ai arraché mon collier Ni parano, ni méchante Je suis seulement aux aguets. Détachées, enragées Femelles en liberté Ni muselées, ni tatouées Impossibles à contrôler On ne fait plus semblant d’être douces et disciplinées Et on montre les dents à ceux qui veulent nous attacher Qui voudraient qu’on fasse la belle, debout assise couchée Qui se permettent de nous toucher, sans nous apprivoiser Les chasseurs savent donner le change Mais quand ils sont bien cachés Dès que leur fusil les démange Ils nous mettent la pâtée Au chenil, la colère couve Dire qu’on avait oublié Qu’autrefois, on était des louves Et que c’est eux qui nous chassaient Détachées, enragées Femelles en liberté Ni muselées, ni tatouées Impossibles à contrôler Elle est loin d’être finie l’époque où ils nous capturaient Pour vendre notre peau à des prédateurs esseulés Enchaînées au poteau de la honte, des jugements, des clichés Aujourd’hui les chiennes errantes doivent continuer à faire le guet Une pour toutes, toutes pour une Unissons nos voix pour hurler à la Lune

about

Premier album, enregistré sous le nom de Suaava. Peu après la sortie de l'album, l'artiste a changé son pseudonyme pour devenir "Veilleuse".

credits

released January 30, 2018

Paroles et musique: Olena Powichrowski
Réalisé et mixé par Bar Zalel

Chant, sax alto/baryton, flûte, percussions, claviers: Olena Powichrowski
Banjo, guitare, programmation: Bar Zalel

Mastering: Raphaël Jonin

Graphisme: Clara Powichrowski
Infographie: Soheil Tabrizi-Zadeh

license

tags

about

Veilleuse Paris, France

A première vue, son nom évoque le calme nocturne, mais ses chansons sont loin d’être de tranquilles berceuses.
Veilleuse écrit, compose, et orchestre ses chansons comme des tableaux musicaux en clair-obscur.

[ENGLISH] At first glance, her name evokes the night calm, but her songs are far from being peaceful lullabies. Veilleuse writes composes and orchestrates songs like chiaroscuro paintings.
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